L’éco-tartuffe du mois : Baloo

Baloo en avion

Avec Baloo, la simplicité volontaire est aux commandes.

Les enfants l’adorent, sa séduisante chanson ravit leurs cœurs tendres et son éthique pénètre leurs esprits sans défense. De quoi Baloo est-il le nom ? De l’antiproductivisme ? De la décroissance ? De l’épicurisme ? Non, rien de tout cela. Le blog parachrématistique met au jour la profonde duplicité de ce personnage, et l’hypocrisie qui anime son discours. Pour tous ses fans, c’est ballot.

Il m’a semblé nécessaire de me livrer à cet exercice soupçonneux -qui tourne parfois à la chasse aux sorcières verte-, et de m’en prendre à cette sympathique icône de l’oisiveté.

Longtemps j’ai vu en lui tout ce que j’aime : un épicurien au sens précis du terme, un critique radical de l’idéologie du travail et de la consommation, voire un objecteur de croissance. Et je chantais de bon cœur avec lui.

Le rapprochement entre le balooisme et l’épicurisme est en effet frappant. C’est une même sobriété heureuse qu’Épicure appelle de ses vœux dans sa fameuse Lettre à Ménécée :

Il faut établir par analogie que, parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres sans fondement et que, parmi ceux qui sont naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement. Parmi ceux qui sont nécessaires, les uns sont nécessaires au bonheur, d’autres à l’absence de dysfonctionnement dans le corps, et d’autres à la vie elle-même.
(…)
Par ailleurs, nous considérons l’autosuffisance elle aussi comme un grand bien, non pas dans l’idée de faire avec peu en toutes circonstances, mais afin que, dans le cas où nous n’avons pas beaucoup, nous nous contentions de peu, parce que nous sommes légitimement convaincus que ceux qui ont le moins besoin de l’abondance sont ceux qui en tirent le plus de jouissance, et que tout ce qui est naturel est facile à acquérir, alors qu’il est difficile d’accéder à ce qui est sans fondement.1

Mais pratiquer le psittacisme des refrains de Baloo est une chose, évaluer l’écart entre son discours et ses actes en est une autre. Quelques indices jettent une lumière nouvelle sur la vanité de son prêchi-prêcha :
– en appelle-t-il au respect de la nature contre un certain humanisme anthropocentrique ? il jette tout un régime pour ne prendre qu’une seule banane (1:00).
– exhorte-t-il à refuser l’exploitation débridée des ressources naturelles ? il arrache un arbre dans la seule intention de se gratter (1:28).

Mettons de côté la tentative de meurtre (0:50) et le mépris cyniquement affiché à l’encontre des autres espèces (3:05) – il y aurait des esclaves par nature : les abeilles. Et concentrons-nous sur le malaise profond qui nous envahit peu à peu à la vue de cet extrait. Vous la ressentez comme moi, cette atmosphère malsaine… La nudité, la promiscuité, les jeux «innocents»… Des comportements que Baloo défendrait sans doute au nom d’un idéal d’émancipation. On se souvient à ce sujet de Dany Cohn-Bendit, chez Bernard Pivot, décrivant  avec un plaisir non feint ses moments d’intimité avec de jeunes enfants. Le balooisme, c’est aussi toute l’idéologie soixante-huitarde, celle qui cherche à choquer le bourgeois, celle qui finit par s’embourgeoiser ; le rouge-vert qui finit social-démocrate.

ados_et_baloo

« Donne-nous tes figurines McDonald’s ! »

Synthétisons.
L’éthique de vie de Baloo se fonde sur le présupposé d’une nature livrant des ressources en surabondance. Mais ses harangues restent sourdent aux acquis de la science économique, préoccupée depuis toujours par l’épuisement des ressources naturelles (!).
Ainsi, le message implicite de la vidéo est : le balooisme n’est possible qu’en état de surabondance ; il devient dangereux en situation de rareté.
Or cela, le balooisme -qui s’épuise dans l’apologie du gâchis systématique (le régime de bananes)- le sait très bien. Il met donc en scène l’impossibilité de sa propre pratique. Il enseigne avec force la résignation. Il se présente comme une pédagogie de la soumission, au monde du travail notamment.

On comprend dès lors mieux le projet de Disney, suppôt du Grand Capital : semer dans les têtes des plus jeunes le goût de l’exploitation et de l’aliénation. On ne sera donc pas surpris de retrouver l’ours Baloo dans un rôle d’ambassadeur de la Fondation Nicolas Bertrand auprès de nos écoliers.

fondation-nicolas-bertrand

1   Traduction Pierre-Marie Morel (GF, 2009)

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6 Commentaires

Classé dans Divertissement, Parodies

6 réponses à “L’éco-tartuffe du mois : Baloo

  1. CecildeMille

    Eh oui : à rapprocher de la série des films « Il faut sauver Willy ». Willy est un orque, ce genre d’animaux qui attaquent les baleines en bande, leur bouffent (pardon pour la verdeur du propos) la langue et les condamnent à mourir de faim. IL NE FAUT PAS sauver Willy, n’en déplaise à Walt Disney.

  2. CecildeMille

    J’apprécie l’ironie mordante du commentaire de Parachrématistique. Mon post sur les orques ne vaut pas condamnation de cette espèce animale : juger le comportement d’animaux sauvages à partir de valeurs humaines n’avance à rien. C’est simplement la vision angélique de Walt Disney que je stigmatise. Il faut laisser Willy vivre sa vie d’orque en haute mer…

  3. jero

    Le balooisme est possible, l’abondance est la norme en permaculture et la frugalité est la norme dans le cadre d’une alimentation physiogique (80% de glucides crus). Cela dit, bien vu pour la comparaison entre Baloo et Cohn-Bendit

  4. BIAUX

    Bonjour,
    Waouh ! Je vois que les délires psychédéliques vont bon train, faudra me donner le nom de vos médicaments ! Si en effet, arracher un arbre pour se gratter n’est pas très intelligent et peut engendrer certains comportement égocentrique, la chanson est une ode à la Vie quand tu la vois du bon côté. Evidemment, Baguera est là pour lui rappeler que l’angélisme de Baloo ne vaut que pour lui-même en tant qu’Ours, au sommet de la Chaîne alimentaire….Arrêtez les Médicaments, il ne s’agit que d’une fable, d’un conte, c’est une histoire divertissante et philosophique. De plus, veuillez à ne pas pas couper la vidéo pour n’en retenir que ce que vous voulez en extraire, la vidéo originale de la chanson fait 4,38mn, la vôtre n’en fait que 4,19mn ! Arrêtez les médicaments !
    FeelBio

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