Voyage au pays de la Droite

Au moment même où certains se payent des voyages exotiques, le blog parachématistique vous fait découvrir un univers tout aussi dépaysant, un pays où la pensée semble s’être arrêtée au XIXe siècle. Cette invitation au voyage nous est offerte par Le Figaro Magazine. Le blog parachrématistique fait sa revue de presse et s’inflige la lecture des feuilles de chou patronales jusqu’à la crise de foie (il est à droite, non ?). Décryptage.

A force de lire des journaux de gauche, on finit par croire qu’ils sont les seuls à radoter, à rabâcher les mêmes thèmes. Un plongée dans Le Figaro Magazine du 21-22 décembre 2012 (format magazine, 120 pages, papier glacé) aide à se souvenir qu’ils ne sont pas les seuls. La différence est que le connerie-omètre s’affole à chaque page. L’outrance devient comique.

Ça commençait plutôt bien, avec une demie honnêteté de l’édito – p. 5 (après deux pubs pour une montre et un appareil photo) – qui semblait adhérer aux promesses du nouveau gouvernement d’être « bien loin des outrances prêtées (sic) à Sarkozy et aux siens. »

Le courrier des lecteurs (p. 6) se devait donc de rétablir l’équilibre, conformément à l’exigence de mesure idéologique qui fait tout l’intérêt du Figaro. Les titres des libelles suffisent à en imaginer le contenu : « Mariage ; Les justes réformes ; Les créateurs de richesses découragés ; Que l’État balaie devant sa porte ; Un impôt par jour ».

Défilés des gauchos 2

Quittons cette page de finesses sur les homosexuels et la fiscalité, passons la suivante (proclamant à propos d’un whisky que « la richesse est intérieure »), parcourons une pub pour le dernier chef-d’œuvre de Luc Ferry, avant de tomber sur une double-page photo montrant la reine Élisabeth II se promenant dans le coffre blindé de lingots de la Banque d’Angleterre .

Dans sa chronique (p. 20), François d’Orcival revient en fin connaisseur sur l’état déplorable de l’Algérie depuis que la France l’a quittée.

On en arrive enfin au « portrait » de Depardieu. C’est au Figaro Magazine qu’il revenait de laver l’acteur « longtemps classé à gauche » des insultes qui pleuvent sur lui (tout sectarisme est mis de côté lorsqu’il s’agit de combattre l’Injustice). Quelques colonnes (grignotées sur la page de droite par une annonce pour un champagne) nous en apprennent en effet un peu plus sur le talentueux acteur parti de rien, louent son « goût de la libre entreprise », évoquent avec une gourmandise toute Hara-Kiriesque ses gauloiseries, et comprennent « sa colère contre « l’enfer fiscal » qu’est devenue la France ». L’article s’achève sur l’inévitable pleurnicherie sur celui qui a tant investi en France et créé tant d’emplois…

On tourne la page, et l’on tombe sur le dossier consacré à un autre saint : Jésus. L’article, pas inintéressant au demeurant, et bien illustré, est enrichi de citations d’esprits brillants connus pour leur maîtrise de l’exégèse :

Laurent Wauquiez par exemple, qui, tout en se désolant qu’ « Aujourd’hui, on a l’impression que parler de nos racines chrétiennes ou de foi est devenu tabou », s’enflamme en rappelant que « Le message de Noël est à cet égard un message qui fait du bien chaque année : celui de la paix et de la générosité. Dans une société matérialiste et parfois trop égoïste, il nous rappelle qu’il existe un horizon. » « Je suis convaincu que (Jésus) peut être, pour chacun d’entre nous, un exemple, que l’on soit croyant ou non. » Il le mérite, Lui : même le jour de sa mort, le Bonhomme n’a reçu aucune assistance, ni de l’État, ni de son Père.

Un grand saut nous permet de nous retrouver en p. 60, où les pages « Évasion » nous emmènent au « pays où le gaucho est roi ». Une référence à l’enfer fiscal qu’est devenu notre pays, et dont il faut à tout prix s’évader ? Non. Le Figaro Magazine semble décidé à briser tous les tabous, et tente un rapprochement avec la gauche radicale…

Pourtant le gauchisme qu’affectionne Le Figaro descendrait plutôt dans des hôtels de luxe.

Défilé gauchos

Mais il a suffi de quelques piques envoyées aux bobos, à l’occasion d’une rencontre avec Pascale…

esprit vagabond

…pour que Le Figaro tende une main fraternelle aux objecteurs de croissance :

gaucho heureux
Tout cela est troublant, mais la suite nous est plus familière : durant 25 pages se succèdent des rubriques prétextes à présenter des trucs à vendre (rasoirs, parfums, montres, livres, spectacles, gilet gonflable pour motard). Une nouvelle pub (p. 89) nous présente un champagne (un autre !) se prétendant « signe extérieur de richesse intérieure ».

On commençait à s’ennuyer ferme à la contemplation de ces verroteries. Heureusement, p. 97, la rubrique « Idées » fait le point sur notre « enfer fiscal » où tout décline. L’accent y est mis sur le véritable problème dont souffre la France (après l’homosexualité et les gens trop laids pour boire du champagne) : la paresse hexagonale.

À point de vue original, expert jamais entendu : c’est Michel Godet (administrateur du groupe Bongrain) qui plante la piqûre de rappel. Il se tient prêt à livrer un projet clefs en main au gouvernement. Partant de la racine du mal politique français : « Combien de ministres de l’actuel gouvernement connaissent l’économie pour s’être frottés au monde de l’entreprise ? » (p. 98), il propose une orientation nouvelle : « le vrai choc fiscal, ce serait de remettre la France au travail ! », et une méthode originale : « Arrêtons d’assister les gens, accompagnons-les plutôt dans une dynamique de projet ».

Déménager en Belgique ? Se procurer le dernier Ferry ? le champagne qui rend beau ? Nul ne le sait.

Poursuivons. Un encart (p. 104) appelant à faire des dons aux plus démunis se retrouve coincé entre les titres « Immobilier : les stations de skis ; Banque privée ; Logement : Des maisons d’architecte à choisir en ligne ».

On sautillera ensuite entre les petites annonces immobilières pp. 107 à 119 – quelques chalets à 1 million, mais rien en Belgique. Dur pour Gérard. Peut-être une colloc’ avec Bernard Arnault ?

La 4e de couverture est une publicité pour un parfum. Bref, j’ai lu un magazine de droite.

Edit. : après vérification, l’article « Évasion » – dont sont extraites les coupures de presse servant de légendes aux photographies – concernaient les cavaliers de la pampa, non les instigateurs de notre « enfer fiscal » ; ces citations ont par erreur été accolées à des photos qui ne proviennent pas du Figaro Magazine. Nous prions le lecteur de bien vouloir excuser cette regrettable méprise .

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